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dimanche 28 décembre 2008

PATRICK SAINT-ELOI - ZOUKOLEXION, Volume 2




































Note A Bene sous licence PSE productions.

Distribué par Warner Music France.

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C'est le grand retour du crooner du zouk avec le deuxième volume de sa Zoukolexion, un peu plus d'une année après le premier volume.

Début des années 80 : les frères Décimus décident de changer le cours de l'histoire de la musique caribéenne tel qu'elle était jusque là conçue aux Antilles françaises. Ils inventent un nouveau son ; celui-ci sera leur passeport pour conquérir la planète entière. PSE devient rapidement l'un des porte voix de cette vision musicale syncrétique appelée désormais Zouk.

Car PSE, c'est d'abord et avant tout une voix, reconnaissable parmi toutes. Des aigus à vous faire frémir, mis au service d'un génie propre à investir tous les champs de la langue créole. Tour à tour tranchant, doucereux, plaintif, revendicatif, le plus souvent lover. Patrick Saint-Eloi est l'homme qui sait murmurer en créole à l'oreille des femmes…

Ensuite, ce sont des textes, d'une qualité exceptionnelle. On peut réellement affirmer que si le PSE compositeur a joué collectif en participant largement à l'essor du zouk depuis le début des années 80, l'auteur PSE a quant à lui toujours su démontrer un talent d'écriture tout à fait singulier. Entertainer à ses heures (mais pas trop tant il est vrai que cet homme n'est guère chauffeur de salle, pour cela s'adresser de préférence à Pipo Marthely, maître du genre), plus souvent parvenant à forcer la réflexion en dépit du rythme entêtant de cette musique, parfois enfin s'affirmant péremptoirement avec des textes poignants – « Inceste » ou « Silans » constituent des modèles du genre.

Pour ce qui est de cet album, il s'agit d'abord d'un best of, tout à fait honorable de la part de l'un des artistes les plus prolifiques de sa génération. On ne saurait lui reprocher de vouloir faire prospérer l'héritage à son profit avec ce concept fédérateur, garantie du succès.

Il y a cependant une tentative assumée d'aller au-delà du côté testamentaire, avec quelques textes inédits et quelques reprises de tubes qui ont contribué à l'éclosion d'autres étoiles comme Jocelyne Béroard (eh oui, « Mi Tchè mwen », c'est lui) ou Edith Lefel (« La klé »).

Filon éculé ? La question se pose, car le son zouk, certes marque de fabrique de la génération Kassav', reste le même : si les aficionados adoreront à coup sûr, il est cependant bien peu probable que de nouveaux adeptes se joignent au mouvement. Mais peut être est-ce illusoire d'attendre des créateurs d'un genre qu'ils soient également les architectes de son évolution quelque trois décennies plus tard.

Rendons hommage à la qualité du produit, tant cela est important en ces temps de raréfaction des ventes de disques : c'est de la belle ouvrage, incontestablement. On reconnaitra la sobriété propre à Saint-Eloi, même si une question se pose néanmoins : qui a eu l'idée assassine de la photo intérieure de l'album ? Pour ceux qui ne l'ont pas vu, il suffit d'imaginer Jamie Foxx en vacances aux Antilles, chapeau paille sur la tête, tournant une pub pour Twix (deux doigts coupe-faim)… Pour le moins déconcertant, tant il est vrai que cet homme ne porte pas une once de bling bling en lui.


Pour finir, signalons que PSE sera en concert le 3 novembre 2009 à l'Olympia, salle pour lui mythique puisque c'est là qu'il se produisit pour la première fois seul (en 2000) suite à son départ de Kassav'. Ce concert fut d'ailleurs le support d'un enregistrement live que l'on ne saurait trop conseiller.

Vieneg

lundi 25 décembre 2006

MeShell Ndegeocello - Dance of the Infidel


Articulez lentement : N-day-gay-o-cello. Ca y est. Vous l'avez dit. Et vous feriez mieux de vous entrainer car vous risquez d'avoir à refaire l'exercice relativement souvent, car son talent est à la mesure du nombre de syllabes de son patronyme…


(ça y est, vous y arrivez, félicitations) née à Berlin, père militaire, grandit à Washington. A l'époque elle s'appelle Mary Johnson et elle joue dans les clubs de Washington DC. L'histoire s'accélere dans les années 90 quand elle devient bassiste pour Steve Coleman sur Drop Kick en 1992 et l'album de Get Set Vop en 1993.Cette même année elle est l'une des premières femmes à signer sur le nouveau label de Madonna, Maverick Records. Cette news est bien plus ébouriffante quand on sait qu'elle était en même temps convoitée par Prince pour Paisley Park…(oui, c'est vrai, ma chevelure crépue en est toute ébouriffée - ;)



Ndegeocello signifie en swahili « libre tel l'oiseau ». Tel semble être son credo. Elle s'en amuse gentiment en se décrivant elle même « blackwomanbisexualbassplayersentientbeingGramscianintellectualandrevolutionarysoulsinger » : noire – femme – bisexuelle – bass player – sensible – vainqueur de trois Grammy awards - intellectuelle – révolutionnaire – soul singer. Il faut désormais y ajouter 'musulmane', caractère sans doute le moins anecdotique dans l'amérique post 11 septembre paranoïaque.


Singulière, sa discographie est à son image : exigeante et indépendante. Elle flirte avec les charts tout en revendiquant une liberté totale.


1993 : premier album solo : Plantation Lullabies. Un album à ne surtout pas oublier si vous partez sur une île déserte. Ce premier album lui vaut immédiatement la reconnaissance de ses pairs, notamment pour le fameux "If That's Your Boyfriend (He Wasn't Last Night)".


1996 : Peace Beyond Passion. Un album sombre où il est question de racisme, d'homophobie. Un album réalisé dans et sur la promiscuité. Promiscuité mentale américaine et promiscuité physique puisque Ndegeocello a tout quitté – villa en Californie et voiture de luxe – pour laisser éclore l'inspiration dans un modeste maison de Berkeley, suivi en 1999 de Bitter (honnêtement le moins inspiré). Tout cela nous emmene finalement en 2002 avec le très acclamé « Cookie: The Anthropological Mixtape » dans lequel est aborde le virage poétique avec ces mélodies lancinantes et ce son qui prend son temps pour s'installer dans l'espace. Un constat : celui d' un malaise évident d'être ce qu'elle est dans la société au sein de laquelle elle évolue. « Dead Nigga bld » constitue presque l'hymne de ce questionnement. Un questionnement profond sur le 'blackness'. Qu'est ce réellement qu'être noir(e) dans un univers désormais complexe où s'affrontent les genres, caractères ethniques, choix sexuels, positions sociales. A t'on le droit de voir désormais ce 'blackness' comme le plus petit commun dénominateur d'une identité plurielle, changeante, complexe ?


Un concept. Mais MeShell en est un à elle toute seule.


Avec « Dance of the Infidel », le travail continue. Dans la même veine. On est transporté dans la matrice. On n'écoute pas simplement une bassiste talentueuse. On fait une expérience groove, soul, jazz et au delà… La spiritualité est omniprésente, et pas seulement dans les sourates du Coran imprimées sur la pochette de l'album. Il faut dire que le 11 septembre est passé par là. Elle avoue d'ailleurs volontiers s'être sentie meurtrie dans sa foi musulmane. Cet album semble donc répondre à un besoin d'urgence. Urgence dans la lenteur, dans la recherche de l'absolu dans l'introspection.


La référence immédiate est l'immense Miles Davis. Pas n'importe quel album. « You're under arrest ». 10 minutes pour toucher l'absolu et lacher un phrasé de trompette. L'écoute devient mystique, elle touche au cœur. Si j'osais, je dirais que l'équivalent chez MeSheIl Ndegeocello est le morceau « Al-Falaq 113 ».


Le Spirit Sextet dont elle a choisi de s' entourer est à la hauteur de ses exigences : Don Byron, Oliver Lake, Kenny Garrett, Michael Cain, Brandon Ross, Gregoire Maret – le suisse prend désormais de la hauteur, on le retrouve également sur le Silver Rain de Marcus Miller, Mino Cinelu, Jack DeJohnette, Wallace Roney, Gene Lake, Roy Hargrove.


Les voix de Cassandra Wilson pour la timbbre à la fois chaud et mettalique du sud, plus aérienne de Sabina Scuba (des Brazilian Girls) enfin résolument soul de Lalah Hathaway (fille de l'immense Donny Hathaway) complètent le taleau de la plus belle des manières.. De quoi consoler ceux qui pourraient être déçu que MeShell ne chante pas elle même sur cet album.


Un souffle, un murmure, Bashir Shakur – son autre patronyme - signifie « Papillon ».


Une invitation à la liberté, car ainsi qu'elle aime à le dire «Free your heart so your soul may fly…».

Vieneg

dimanche 25 décembre 2005

ARTHUR H, ADIEU TRISTESSE


Toujours cette ambiance de brume, toujours ces vapeurs perceptibles, toujours cette atmosphère sombre, palpable, égayée quelquefois par des éclairs festifs.

Deux ans après « Négresse Blanche », Arthur H, le fils d'un autre mec qui porte le même patronyme, adresse à ses aficionados une nouvelle invitation au voyage. Oui, car Arthur H ne fait pas de disques, il faut le savoir.

Chacun de ses albums se conçoit plutôt comme une convocation de rêve, un embarquement pour une heure 30 de fantaisie baroque, de voyage en pays sensuel. D'ailleurs en parlant de voyage, cette fois nous embarquons vers la plus française des terres américaines, le Canada. L'album a en effet été enregistré à Montréal par Jean Massicote, en compagnie des désormais habituels Nicolas Repac et Brad Scott, fidèles de la première heure. Les rejoignent Feist, M. et pour la première fois le paternel Jacques H. Et c'est dans cette humeur vagabonde qu'Arthur H continue l'exploration sonore un peu jazzy, un peu bluesy, à laquelle ses aficionados ont été tellement sensibles dès le premier album éponyme sorti en 1990.

Pour Arthur H, la liberté est le bien le plus précieux. Ses icônes ont pour nom pêle mêle Thélonious Monk, Boris Vian, les Sex Pistols et bien entendu l'immense Tom Waits dont il n'a jamais nié l'inspiration. « L'amoureux » croise « La lady of Shangai » à qui il rêve de faire des « Confessions nocturnes » en frissonant au « Baiser de la lune ».

Fin de la projection, on rallume les lumières, les yeux piquent un peu mais on est heureux.

Vieneg

George Clinton - How Late Do U Have 2BB4UR Absent?


Voici venu le temps des rythmes et du funk…

"How Late Do U Have 2BB4UR Absent?" Un titre qui a lui seul constitue une marque de fabrique. Pour oser un titre aussi abscons il faut au moins s'appeler Prince ou George Clinton. Il est vrai qu'en matière de titres qui tuent, le bonhomme n'en est pas à ses premiers coups : "Give Up The Funk (Tear The Roof Off The Sucker)", "Do Fries Go With That Shake?", "Some of My Best Jokes Are Friends" ou plus plus récemment "T.A.P.O.A.F.O.M. (The Awesome Power Of A Fully Operational Mothership) » constituent quelques autres démonstrations éloquentes du fait que pour Clinton, il n'y a pas que la musique qui se doive d'être funky…

50 ans de carrière, 9 albums sous son propre nom, la paternité d'un genre musical inégalé à ce jour et la fierté (mais aussi le manque à gagner financier) que constitue le fait d'être, avec James Brown peut-être, le musicien le plus samplé de tous les temps. Un CV à faire pâlir, mais aussi à provoquer craintes et interrogations sur l'opportunité de remettre son métier sur l'ouvrage en 2005, soit 10 ans après le dernier album.

Un album surprenant, presque décevant à la première écoute tant on est décontenancé par ce que l'on entend. Les basses bien grasses peinent à venir, la batterie de feu n'est pas forcément au rendez-vous, les solos un peu fadasses… Puis la lumière paraît : « How Long… » ne se veut pas une simple collection de faces B d'albums précédent simplement destinée à satisfaire les afficionados en leur donnant ce qu'ils veulent entendre. Oncle George a toujours le feu sacré et souhaite le faire savoir. C'est ainsi qu'en 2h30 environ, l'auditeur initialement désarçonné est embarqué dans un trip qui va le mener du doo wop des débuts au hip hop d'aujourd'hui. Les anciens sont réembauchés - Bernie Worrell and Cordell "Boogie" Mosson des Parliament - sont à la manœuvre sur quelques morceaux. Quelques nouveaux sont cependant un peu à la peine. Ainsi, parmi tous les guests, c'est sans doute Joi (Lucy Pearl) qui convainc le moins sur "I'll Be Sittin' Here" and "Trust in Yourself". Expérimentations hasardeuses…

Pour le reste, le plaisir y est, la qualité aussi : Prince est excellent sur "Paradigm", quant à "Viagra" (des Funkadelic) c'est un festival de guitares furieuses. On se calme avec une jolie ballade presque sirupeuse que constitue la reprise du tube d'Otis Redding, « More than words can say », thème old school mis en valeur par le talent vocal de Belita Woods, en version live s'il vous plait. Mais la perle de cet album demeure cependant « Goodnight Sweetheart, Goodnight », ou comment poser des effets électroniques sur une base doo wop méchamment old style. Sans doute le meilleur condensé que l'on puisse imaginer entre les orchestrations complexes des Parliament, les intonations rythmiques des Funkadelic, le tout enrobé d'effets électroniques envoûtants. La boucle est bouclée…


Viéneg


The Herbaliser – Take London


Moi, j'aime les mecs qui ont peur de rien. Les mecs qui ne craignent pas de trop en promettre dans les titres de leurs œuvres. The Herbaliser est clairement de ceux-là. Après « Blow Your Headphones", "Very Mercenary", "Something wicked this way comes", c'est maintenant au tour de « Take London » de porter fièrement les ambitions du duo londonien.

Ce qui n'a pas changé : le talent inimitable dans le fatal remix d'influences très diverses : electro, downtempo, dub, jazz, funk, soul. C'est étourdissant de talent, c'est à se demander comment tout cela tient sur une si petite galette.

Mais ce n'est pas simplement en remettant le couvert dans les mêmes assiettes que Ollie Teeba et Jake Wherry cultivent l'ambition de 'prendre Londres'. Cela fait en effet 10 ans que l'on n'ignore plus que la spécialité de The Herbaliser, ce sont précisemment les mélanges improbables, les influences quelquefois antagonistes toutes mises au service du flow et du style. So british.

On ne peut 'prendre Londres' autrement que par surprise. Ceci une vraie gageure quand on est affilié à Ninja Tunes, sans doute le plus prestigieux label musical UK. Il n'est en effet pas simple de se démarquer d'autres talents bruts comme Amon Tobin, Vadim, Cinematic Orchestra (sans doute leur cousin germain dans les influences), voire même des tolliers de la maison, les incontournables Coldcut.

Equation résolue. Incontestablement.

16 perles. Quelques featurings de grande classe qui savent ne pas se mettre en avant tant l'album se suffit à lui même : Roots Manuva, Jean Grae (ne l'appelez plus What What) et Katerine, pour un hommage à Gainbourg de très bonne facture.

Le décor est posé façon breakbeat furieux mis en valeur par des scratch loops inattendus, réhaussés d'une section rythmique enregistré live. On est ainsi tenus en haleine jusqu'au premier arrêt : Gadget Funk. Un morceau venu d'ailleurs. Une bonne basse bien grasse à la George Clinton. Du gros synthé pur beurre. C'est nouveau, c'est de l'électro P-Funk, Chuck Brown remixé par une bande de dangereux illuminés coupables de vouloir faire tomber London sous les coups du butoir de vibes importées de Washington DC.

Encore sous le coup de l'émotion, on quitte le P-Funk pour le downtempo. "Close your Eyes" calmera les plus énervés avec son slam langoureux. Prélude au deuxième arrêt, cette fois pour un beat très cool à la Lalo Shiffrin 'sonofanuthamutha'. Des cordes très étirées, des voix sucrées. Luxe, calme et volupté.

Pour finir, le coup de grâce est porté avec un ultime morceau qui constitue une divine surprise. La perfide Albion invite celui que parmi tous les french singers elle nous envie sans doute le plus, l'immense Serge Gainsbourg, pour un épilogue des plus classieux (« C'était en fin de matinée, Dans le quartier latin, J'avais tres froid aux mains… ») en forme d'hommage à l'homme à la Gitane.

London succombe, London abdique, London applaudit, bref, London se laisse prendre…

Vieneg


MARCUS MILLER – SILVER RAIN


Pour l'histoire : Marcus Miller (M² comme il aime à le dire) est né à Brooklyn en 1959. Il passe une partie de son enfance en Jamaïque, puis retourne vivre dans le Queens, où sa famille s'est établie quand il avait 10 ans.

Le jeune Marcus vit à l'ombre de son père À 10 ans, il apprend la clarinette. À 13 ans, il maîtrise l'orgue et le saxophone, mais c'est pour la guitare basse qu'il optera finalement. À 14 ans, parfait autodidacte, Miller joue aussi bien du piano, de la clarinette, que de la guitare basse. Voilà voilà…

Comme si cela ne suffisait pas pour remercier tous les jours le ciel pour le talent inné qui est le sien, il faut en plus que son cousin, un certain Wynton Kelly, incorpore le band de l'immense Miles D. obscur trompettiste à la carrière prometteuse…Il collabore notamment à des albums aujourd'hui référence que sont « Kind of Blue » ou « Things Are Getting Better » du non moins excellent Cannonball Adderley.

En attendant de connaître son fabuleux destin, Marcus Miller passe son temps à écumer les studios et multiplier les collaborations, que ce soit avec David Sanborn, Roberta Flack, Bob James ou Aretha Franklin.


Côtoyer les plus grands ne lui suffit pas. C'est tutoyer les étoiles qui le fait rêver. Ce qui devait arriver arriva un jour de 1981, quand son cousin souffle son nom à l'immense Miles, qui l'embarquera dans son nouveau groupe comme bassiste pendant 18 mois. Le jeune homme a la renommée grandissante n'a alors que 22 ans mais est prêt à monter sur le trône des gloires vivantes de la musique. Miles l'intronisera lui même en 1986 en lui confiant la composition intégrale de son album testament, Tutu, en 1986.

Pour finir en beauté avec les chiffres et les stats, ajoutons qu'à ce jour Marcus Miller a collaboré avec 195 artistes sur 365 albums. Ses références ressemblent à s'y méprendre au Who's Who de l'industrie musicale US.

Il apparait pour le moins difficile après une telle énumération de présenter « Silver Rain » autrement que comme l'album de plus d'un géant de la musique. Et pourtant. Miller démontre une fois de plus s'il en était besoin qu'il possède la qualité essentielle des très grands, celle qui consiste à savoir surprendre un auditoire pourtant déjà habitué à votre excellence.

D'abord le titre : « Silver Rain » tire son nom d'un fameux poème de Langston Hughes, théoricien du début du XXè siècle et animateur du mouvement culturel Harlem Renaissance. Excellent pour la culture générale, mais là n'est pas la prétention de M2.

Rentrons dans le vif su sujet : des collaborations prestigieuses mais surtout bien choisies : Gerald Albright, Kirk Whalum, Kenny Garrett, Lucky Peterson, Dean Brown…Des voix de Joey Kibble (Take 6), Macy Gray, Lalah Hathaway…Le tout s'étalant sur 10 reprises et 5 morceaux originaux.

A l'écoute, le ramage se rapporte au plumage. Furieusement groovy, c'est le moins que l'on pouvait attendre d'un bass hero de sa trempe. Mais quand on s'appelle M2, le groove tient du service minimum. Pour faire un grand album, il faut y ajouter de l'éclectisme. Le compte y est avec Lalah Hathaway sur « La Villette » ou Eric Clapton en version reggae sur « Silver Rain », titre phare de l'album (malheureusement remplacé pour d'obscures raisons marketing par Joey Kibble pour la version européenne de l'album). Des sax de premier plan tel Kenny Garrett, Kirk Wallum ou Gerald Alright – sur "Bruce Lee" - viennent compléter le tableau.

Mais l'éclectisme ne saurait suffire. Il faut lui adjoindre l'audace. Elle est nécessaire pour oser toucher à des monuments de la musique moderne – "Sophisticated Lady" du grand Duke – mais aussi pour avoir l'idée d'instiller un peu de groove dans la "Moonlight Sonata" de Beethoven. Le tout avec toujours le même détachement, la même déconcertante (énervante?) facilité.

Pour finir, on se saurait passer à côté de deux reprises lumineuses qui contribuent à réhausser la valeur des originaux – "Girls and Boys" de Prince avec la voix métallique de Macy Gray et "Boogie On Reggae Woman" de Stevie Wonder.

Il est compliqué de parler d'une légende vivante sans tomber dans la redite ni l'angélisme excessifs. Silver Rain est un grand album de la part d'un monstre sacré du genre. Rien a ajouter de plus.

Vieneg

LUCK MERVIL – TI PEYI A


A l'intention de tous ceux qui s'en étonneraient, je n'aurais qu'un mot : JE SAIS.

Oui, c'est vrai, ceux qui connaissent Luck Mervil savent tout au plus de lui qu'il s'est illustré dans une comédie musicale, Notre Dame de Paris.

Je l'ai appris en me renseignant sur le personnage après avoir eu l'album entre les mains et cela tombe plutôt bien car si je l'avais su avant, je n'aurais sans doute pas accepte d'y toucher...

"TI PEYI A" constitue le regard lucide et touchant d'un canadien d'origine haïtienne sur son pays d'origine. C'est le regard dans le rétroviseur de son histoire de quelqu'un qui aurait facilement pu céder aux sirènes de l'oubli, du déni de sa propre histoire et faire un album de variété française ou de R'n'B sans qu'il n'y ait rien à lui reprocher, mais qui a préféré – pour cette fois tout du moins – transmettre un message d'espoir et de reconnaissance d'une ïle dont on ne parle que parce qu'elle a la malchance d'avoir aligné l'une des plus belles brochettes de dictateurs de la planète, d'être en course pour le prix du pays le plus affligé du monde et même de toujours se trouver sur la trajectoire des cyclones les plus dévastateurs de cette région du globe.

Certes. Mais ceux qui connaissent Haïti savent aussi que la boue des bidonvilles crasseux recèlent des trésors autrement plus précieux, d'entre ceux que l'on ne peut traduire en produit intérieur brut : la dignité d'un peuple (il faut lire Wole Soyinka pour comprendre ce qu'est la dignité et en quoi elle est essentielle à la survie d'un peuple) et son combat indéfectible pour la préservation de ses richesses originelles, en dépit des chaos de l'histoire.

Luck Mervil ne chante pas autre chose.

"Ti Mari", c'est le déni d'humanité infligé aux Restavek, ces milliers enfants réduits à l'état d'objets domestiques (en Haiti, un enfant sur 20 est un Restavak).

"Banm Chenn" aborde quant à lui la question essentielle de la liberté et de la lutte contre l'oppression de ce pays souffre douleur, sur fond d'appel à la légendaire fierté haitienne, qui lui valut d'infliger à Napoléon l'un de ses défaites les plus cuisantes.

"Mézanmi" en duo avec Corneille, se veut un appel le constat d'une décolonisation inachevée ("ce n'était pas seulement les chaines que nous avions aux pieds qu'il fallait briser / la révolution n'est pas finie / il y a aussi les chaines à l'âme / les chaines à notre volonté").

L'album s'achève sur "Le gout des jeunes filles", titre éponyme d'un roman de Dany Laferriere, autre écrivain majeur de cet Haiti décidemment très fécond en talents. Ce roman dont l'histoire se déroule dans les années 70 pendant les années macoute, a été adapté au cinéma et devrait sortir cette année sur les écrans parisiens.

Un album-témoignage de la lutte de tout un peuple pour conserver sa place sur la carte de l'humanité. Il fallait en parler.

Vieneg

Joshua Redman Elastic Band - MOMENTUM


Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette année 2005 est riche de bonnes surprises. A côté de Marcus Miller, de Meshell Ndegeocello ou d'Erik Truffaz, prévoyez maintenant de la place sur l'étagère (ou dans votre juke boz MP3, puisque bien entendu vous aurez acheté l'original…) pour ce nouvel opus de Joshua Redman entouré de son talentueux combo, Elastic Band.

Quelques interrogations et critiques de base doivent être rapidement pliées : est un album de jazz qui sonne funk ou un album de funk qui sonne jazz ? Les adeptes des discussions de salon entre pseudo initiés apprécieront sans doute…mais ils seront bien les seuls, car ce n'est pas le sujet. La vraie problématique est bien plus simple que cela.

Il suffit de mettre ensemble le sax ténor funk de Redman, d'y associer l'orgue entêtant de Yahel (co fondateur avec Redman du collectif) et vous obtenez « Sweet Nasty ». Satisfait ? alors passez à « Shut your mouth » pour goûter aux harmonies un peu rauques et brut de fonderie adoucies par les effets electro psychédéliques du même Yahel. Nicholas Payton est présent à la trompette pour une reprise funky (eh oui !) d'un bon Led Zep revu et corrigé. Entre temps vous serez passé par "Riverwide" pour apprécier le flow de Sheryl Crow. Ne passez pas à côté de « Put it in your pocket », vous risqueriez de rater le son de ?uestlove des Roots.

Il sera temps de conclure avec Meshell Ndegeocello, enchanteresse sur « Greasy G » accommodant de tout son talent une guitare wah wah de toute beauté.

Le natif de Berkeley a donc parcouru beaucoup de chemin depuis son premier album éponyme sorti en 1993. Il est clair qu' avoir grandi à l'ombre du talent de son paternel, Dewey Redman, qui s'est illustré dans les 70's notamment aux côtés de Coleman ou de Jarrett, ça aide. Forcément. On peut cependant admirer des icônes comme Adeley, Coltrane, Ornette Coleman et ne pas oublier pour autant de vivre avec son temps. Joshua Redman le démontre allégrement. Avec l'assurance quelquefois un peu énervante des gens sûrs de leur talent, il affirme sans ciller ressentir la même émotion dans le hip hop des années 90 que dans le bebop des années 50, placer au même niveau de composition le caractère iconoclaste du groove moderne et le mouvement avant-gardiste qui a marqué le jazz des 60's. Il serait donc possible de marier les célestes envolées de Coltrane avec les terrestres saveurs de Maceo Parker.

Alors, « est un album de jazz qui sonne funk ou un album de funk qui sonne jazz ? "

Cette question est tout simplement sans intérêt. It's simply about groove and funkyness…

Viéneg

COMMON - BE


Common est désormais le leader d'un rap qui se veut « socially conscious ». Le risque étant de faire plus dans la prêche que dans le fun. « Be » n'est « be like ».

Lonnie Rashid Lynn, plus connu un temps sous le nom de Common Sense, maintenant tout simplement Common, revendique dans cet album une fois de plus qu'il est possible de faire son chemin hors des sentiers battus, tout en restant conscient des réalités business de l'industrie dans laquelle il évolue (l'album est tout de même produit par Universal Music.

Soyons clair : Le Common Sense de « Can I borrow a dollar » a vécu, celui de « One day it'll all make sense » n'est plus. Quand à celui d' »Electric Circus », son dernier opus, avec les expérimentations électroniques Psych-Rock-Hop signé Neptunes…

Back to the beat, samples soigneusement sélectionnés, vrais instruments, le tout mis en valeur avec le flow unique du rappeur de Chicago.

L'album est produit par Kanye West, recordman toutes catégories de la rapidité d'atteinte des sommets des charts US, avec l'album « College Dropout ». Quitte à paraître un chouilla iconoclaste, j'attends toujours la claque annoncée et le frisson irrépressible que tout le monde prédisait. Mais bon, je m'éloigne, d'autant que Kanye démontre sur cet album qu'il peut être un très bel écrin autour d'un diamant brut comme Common. Il ne faut juste pas inverser les rôles… Leux deux seuls titres non produits par Kanye West sont l'œuvre de Dilla, aka Jay Dee, l'un des architectes de Slum Village, qui s'était déjà illustré sur « Like Water for Chocolate ».


Croquons dans la galette. Le titre phare est « The Corner », une véritale hymne au Black Arts Movement des 60's, mais aussi une célébration de la rue, du melting pot Est Coast de ces années là, par lesquelles tout a commencé, que le rap se veut avant tout le fruit de ces mouvements de conscientisation, bien avant le bling bling et la pimp attitude incarnés aujoutd'hui par 50 Cent. Quelques références à son travail passé dans « They Say », sur lequel Kanye West et John Legend l'accompagnent. Une belle performance live dans « The Food » enregistré au Dave Chapelle Show à New York.

Common n'est pas un ange, ainsi qu'en témoigne « Go ». « Go and on the count of three / And on the count of three everybody run back to your fantasy ». Ceux qui connaissent l'histoire comprendront. La différence réside cependant dans la manière d'en parler et avec Common, on ne tombe jamais dans le démonstratif hardcore bête et méchant.

« Love Is… » ressucite Anna et Marvin Gaye sur une production de James Poyser. « Testify » constitue quant à lui clairement l'une des plus belles productions de West. Un sample entêtant on ne peut plus 'old soul'.

Dans « Moment of Clarity », Jay-Z rappe « I wanna rhyme like Common Sense/ But I did five mill'/ I ain't been rhyming like Common since' . Il est clair que ce n'est « BE » qui ouvrira à Common les portes de la reconnaissance populaire. Cet album, sans être underground, n'est clairement pas grand public. C'est simplement l'œuvre d'un artiste qui refuse de vendre son âme.

Thanks COMMON for BEing.


Vieneg


mercredi 25 décembre 2002


A toi, adepte d'électro langoureux, de cordes enchanteresses, de musique à siroter dans un décor tamisé en compagnie de gens qu'on aime (ou d'un fond de vieux rhum tel Hemingay à La Havane méditant dans son chesterfield sur le sens de l'humain...), réjouis toi ton voeu est exhaucé... Après Bugge Wesseltoft dans le jazz, la Scandinavie s'affirme décidemment comme l'horizon vers lequel il faut tendre l'oreille en ce début de millénaire.


C'est du son lourd et ténébreux façon Massive Attack, quelquefois d'une tristesse à pleurer ("sleep will come") mais toujours extrêmement bien léché, avec des accents african soul remarquables. Down beats à effets secondaires assurés; teenager, passe ton chemin, c'est de la musique pour grandes personnes...